Une fois arrivé à Lumbini je rejoins le monastère coréen pour le coucher de soleil et me prépare pour une vie monacale de 2 jours. Lumbini est le lieu où Siddharta Gautama est né. Demain c'est son anniversaire. Il y a 2553 ans naissait dans le village de Lumbini le futur Bouddha. Le festival est plutôt marrant et s'apparente plus à une kermesse de fin d'année qu'à une célébration religieuse. Le matin, vers 6h avait lieu quand même quelques rituels (chants et prières) des différentes branches du Bouddhisme. Je passe le reste de ma journée à parler avec les quelques moines et saddhus anglophones et visiter les monastères. Les Hindous vénèrent aussi Bouddha parce qu'il est considéré comme la 9è réincarnation de Vishnu. Certains scolaires disent qu'en fait, les Brahmins ont considéré cette réincarnation pour faire revenir dans les rangs les quelques premiers convertis. Les monastères sont beaucoup plus éloignés qu'à Boddhgaya mais sont plus beaux et plus grands. Mention spéciale au monastère allemand, immense, exubérant et fascinant qui s'apparente au Bouddhisme himalayen. Au monastère coréen je rencontre un Polonais, sur la route depuis 18 ans. Dingue. Un type très intéressant sur le chemin de la recherche de l'élévation spirituelle...

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Je passe une dernière nuit à Lumbini et pars le lendemain matin pour Pokhara. La première partie du trajet se fait sur le toit du bus par manque de place. La deuxième partie dans le bus mais avec une chèvre sur les genoux, écrasés par le siège de devant. J'ai donc décerné la palme du trajet le plus pénible à celui-ci. Je rencontre malgré tout un type très attachant, Maniram, cuistot dans une gargotte à Pokhara. Il me parle de sa spécialité, le steak au poivre. Ca fait presque 2 mois que j'ai pas mangé de vache. Après les derniers préparatifs pour le trek et avoir rencontré mon guide Chhetra je pars au resto de Maniram plein d'espoir. Il est tellement content de me voir qu'il m'offre l'apéro avec des boulettes de poisson frit. Le steak est si bon que je lui promets de revenir dans 10 jours à la fin du trek.

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J1- Après une petite demi-heure de voiture, on débute le trek à 8 heures par une bonne montée. La randonnée que je pars faire s'appelle le sanctuaire de l'Annapurna parce qu'elle permet de rejoindre le camp de base de l'Annapaurna I et Sud. Le camp de base est entouré par une chaîne de montagnes considérée comme sacrée, d'où le sanctuaire. Cette première montée est bien pentue et un tour de chauffe m'aurait fait beaucoup de bien. On part de 1130m et la passe du jour est à 2100m. Quand même. La saison des rhododendrons est finie c'était le mois dernier mais Chhetra me dit que c'est pas trop grave, maintenant c'est la saison du maïs. Génial. On sent aussi que la mousson n'est pas très loin et le ciel se charge de nuages dès midi et la pluie tombe peu après le déjeuner. On atteint Landruk à 16h avec la promesse de l'eau chaude. Tu parles... Le dîner n'est cependant pas trop mal avec un Dhal Bhat correct.

J2- Réveil 5h30, petit-déjeuner consistant et petite marche de 4 heures. On arrive à Chhomrung à 11h et BAM!!! Tempête de grêle. Quelle chance d'être arrivés à temps. Il doit neiger pas mal là haut.... Aussitôt arrivé mon guide informe les villageois que je suis médecin et ça tombe bien quelqu'un est malade. 40 minutes de descente et une heure de remontée, un petit extra pour les jambes... Elle va mieux apparemment. Juste avant je suis passé au dispensaire sans médecin mais avec un matériel rudimentaire et des médicaments de base dont nombreux sont périmés. Je prends la tension de la patiente et aussi de tout le monde qui me remercie avec 1000 sourires, du thé au beurre de yak et des petits biscuits.

J3- Le temps est superbe, les montagnes sont dégagées et les vues merveilleuses. On commence la marche assez tôt et on rencontre des singes au passage. On atteint Doban pour le repas, juste avant la pluie qui restera fine toute la journée. On arrive à Himalaya mais pas de chance il n'y a pas de chambre de libre. Pas grave, on continue jusqu'à Deurali qu'on atteint vers 17h après 7-8h de marche. L'altitude est de 3200m. Dernier stop avant le camp de base. Les nuits commencent à être un peu fraîches et je regrette un peu de ne pas avoir loué un sac de couchage. Je dormirai avec une couverture en plus.

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J4- La nuit n'a pas été très reposante. Ca doit la pizza de la veille. Trop salée. On voit les premières neiges peu après le départ de Deurali et on atteint le camp de base du Machapucchre (autrement appelé la queue de poisson) à 9h, 3900m. J'appelle Flo pour lui dire que tout va bien, 3 euros la minute, normal. Le gars m'offre le thé du coup, sympa. Une heure et demi plus tard, non sans avoir pu voir quelques rats de montagne et des oiseaux de toutes les couleurs, nous atteignons le camp de base, 4130m. Le temps de la montée a été fabuleux et les étudiants anglais en médecine que j'avais rencontré un peu plus bas sont tout rosé, voire rouge. Il y a 2 jours, là où la grêle tombait à 2000m, c'était tempête de neige.... La journée est souple avec volleyball, bouquins, jeux de carte et thé au gingembre.

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J5- La nuit fut fraîche, froide, très froide en fait. C'est sur, le sac de couchage n'aurait pas été de trop. Réveil à 5h, nuages. Mais éclaircies à 6h et à 6h30, plus un seul nuage et des vues du sanctuaire splendides. Je vois mon premier sommet de plus de 8000m. L'Annapurna I, 8091m. Wouhaou! J'ai les doigts bleus mais je m'en fous, le soleil les chauffera dans 20 minutes. Le panorama est fantastique avec des sommets enneigés à 360°. Après un petit-déjeuner consistant, on descend (et on remonte) jusqu'à Sinuwa. Le temps de la descente Chhetra me chante 2-3 chansons en français. Plutôt sympa et marrant. Elle descend de la montagne à cheval, etc. Ce qui nous aura pris 2 jours pour monter nous prendra 1 jour pour descendre. Je suis naze. Mes genoux sont en compote. Encore 4 jours de marche...

J6- Allez on se motive, le sanctuaire, y a pas que ça dans la marche... En plus la nuit a été très bonne. Tant mieux parce qu'aujourd'hui et demain ce sont les marches les plus longues m'explique Chhetra. Sept et huit heures respectivement... Et c'est pas que plat. On part d'en haut, on descend, on remonte, on redescend, on remonte et on redescend un peu. Epuisant. Mais c'est beau. On arrive à Gandruk, la capitale du coin. Le village compte 2000 âmes et un monastère. C'est le plus beau village du trek et les vues sont pas mal. Il y a même un petit musée. L'eau de la douche est enfin chaude.

J7- On part à 7 heures dans une ambiance brumeuse qui ne partira pas de la journée et qui amènera quelques gouttes d'eau plus tard dans la matinée. On aperçoit quelques pics (Gayapurna, Annapurna Sud, Himchuli, Machapucchre). La brume gagne la bataille et la jungle que nous traversons s'enveloppe d'une brume de plus en plus épaisse. La jungle au Népal c'est un peu comme une forêt de montagne chez nous, beaucoup de conifères. Mon imagination travaille et je m'imagine au moyen-âge prêt à être attaqué par des bandits de grand chemin au dents noires ou encore prêt à troquer des moutons contre du sel. Malgré la pluie, la durée de la marche, la montée quasi constante, c'est une de mes journées préférées. Les deux prochains jours seront souples, 4h et 2h de marche. Le réveil par contre..... Pas sûr... Il faut se réveiller à 4 heures pour bien voir les sommets à Poon Hill. Le soir je rencontre Pau, Nestor et Diego des potes à Julien, le frère de Flo. Plutôt marrant de se retrouver ici. On discute de nos voyages mais la fatigue l'emporte.

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J8- Le huitième jour je pense forcément à toi mon Romi. Le réveil à 4 heures n'est finalement pas si difficile mais la montée sur Poon Hill est par contre assez brutale. L'effort n'est cependant rien face au spectacle du lever du soleil sur la chaîne de Daura Ghili dont le plus haut sommet fait 8193m. La météo est avec nous. C'est cool, elle aura été avec nous quand il le fallait. On voit le soleil se lever sur toute la chaîne de montagne, d'abord bleue, puis faiblement rouge tournant au rosé et enfin blanche étincelante une fois le soleil assez haut dans le ciel. Après la montée de Poon Hill, la descente vers Tikhe Dhonga est longue. On descend, descend, descend. Dix mille marches peut-être. Et je plains tellement les touristes que je vois faire le chemin inverse.... On arrive vers 11h, les genoux en compote. Mais c'est pas grave, j'ai une journée de repos devant moi avant le retour à Pokhara.

J9- Dernier jour de randonnée, facile en fait. On marche 2 heures sur du plat plus qu'en descente et on est à l'arrêt de bus.

Le bus pour Pokhara prend 2 heures de plus et on arrive pour le déjeuner. On visite rapidement la ville et je me décide à faire du parapente. Bonne idée!! Je rentre dans une boutique et le mec, suisse, me dit OK mais on y va vite parce que le temps est super et ça risque de pas durer. Le type s'appelle Sébastien et me raconte qu'il a été champion de France de parapente en 1995. Chouette. On part donc en taco en haut de la colline, à Sagarkot. En haut il m'explique 2-3 trucs et c'est parti. On court un peu, je perds mes lunettes de soleil et ça y est on est dans le ciel. Wouahaou!!! DANS LE CIEL, comme des oiseaux. On cherche les courants chauds, pas trop mais on glisse sur l'air pendant une heure et on arrive près du lac. Aussitôt je remonte pour récupérer mes lunettes, que je retrouve par chance et je redescends. On dîne tôt chez mon pote Maniram que j'avais rencontré dans le bus de Lumbini et on se couche tôt aussi. En fait je suis épuisé... On a marché plus de 100 bornes à plus de 2000m quand même.

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Le lendemain on prend le bus pour Katmandou. On part à 7 heures et le bus est remarquablement à l'heure. En plus aucune manifestation ne nous a arrêtés. En fait le Premier Ministre a démissioné il y a 2 semaines et depuis c'est un peu le bordel. Mais rien de visible... Même pas à Katmandou. On arrive en début d'après-midi, je dis au revoir à Chhetra et je me dirige vers le Temple de Swayambhunath, le temple aux singes. Les premières impressions sont bonnes. Je me ballade gentiment dans la ville et je tombe sur plusieurs temples, dont un qui donne sur un Ghat crématoire avec une dépouille en train de brûler. C'est toujours impressionant. Je marche tout doucement et j'arrive sur la porte de l'Est qui donne sur des escaliers pentus. Je gravis donc les marches et je tombe sur le temple sur lequel on peut voir un des symboles les plus connus du Népal, les yeux du Bouddha, son nez en forme de point d'interrogation qui est en fait le chiffre 1 en Nepali et le 3è oeil. En fait, tous les temples népalais sont comme ça... Je tourne en rond et je finis par entrer dans un des monastères où je me vois offrir le thé népalais, un thé au beurre et au sel. C'est pas mauvais, c'est pas très bon non plus. Je rentre doucement et je mange italien ce soir. Katmandou est un paradis culinaire pour ceux qui voyagent depuis longtemps. Premier soir donc, gnocchis au fromage et au beurre de sauge avec un verre de vin. Demain soir ce sera tapenade, poivrons à l'huile et plateau de fromages. Je me couche et je visite la ville le lendemain. Katmandou est pleine de surprises. Après tout ce que j'avais pu entendre, lire, voir, je suis surpris par la ville. C'est vraiment beau. C'est pas aussi pollué que Kolkata, pas aussi peuplé que Dhaka et pasaussi bruyant qu'une autre ville du sous-continent finalement. C'est plein de temples, de divinités, de bouddhas à chaque recoin. Il y a aussi plein de squares ouverts seulement par des tunnels tout bas. Le square principal s'appelle Durbar (comme dans toutes les grandes villes) et il est rempli par des temples et le Palais Royal transformé en musée. Pas la peine de s'étendre, c'est beau. Les gens sont adorables même s'il y a quand même pas mal de rabatteurs et de vendeurs de bric-à-brac.

Le lendemain je pars à Bhaktapur avec Chhetra et son oncle chauffeur de taxi (perd pas le nord...). La ville est encore plus médiévale que Katmandou avec des maisons et des immeubles en bois et en briques. Les véhicules sont interdits dans la ville sauf les charettes... Ca donne un charme évident. Le retour est par contre un échantillon de Katmandou comme on me l'avait décrit: pollué et embouteillé...

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Le lendemain, je pars visiter Patan le matin. C'est une petite ville au sud de Katmandou, pas très loin en fait qui est tout à fait jolie. C'est un peu comme Bakthapur mais en plus condensé. Le Durbar square est le plus dense de tous les squares népalais à ce qu'on dit. Beaucoup de temples dont 2 d'inspiration indienne. Il y a aussi le Golden Temple dont l'inspiration est exclusivement bouddhiste tantriste. Ce Bouddhisme là est tout à fait différent de celui que nous avons pu voir en Asie du Sud-Est et ressemble à un mélange de Bouddhisme chinois, d'Hindouisme et de Tantrisme. Un brin étrange mais mon guide au Bhoutan m'en dira plus et éclairera ma lanterne. Le musée de Patan est superbe et est très clair quant à reconnaître les différentes divinités hindoues et bouddhistes. Vivement recommandé. L'après-midi je visite le temple de Pashupatinath, le temple le plus sacré du Népal, interdit aux non-hindous. Heureusement il est au bord d'une colline et on peut apercevoir l'intérieur, pas plus. A côté du temple il y a un ghat funéraire et le fleuve qui longe le temple est lui aussi sacré. Il se jette dans le Gange d'ailleurs. Il y a aussi un temple où les Saddhus peuvent se reposer, quelques jours, souvent quelques années. Je rencontre un groupe qui est là depuis 35 ans. Pas mal. Il y en a un qui ressemble même à Georges Harrison. Je continue ma ballade et je me dirige vers Bodnath, le plus haut lieu sacré du Bouddhisme népalais. Beaucoup de Tibétains se sont réfugiés ici après 1959 et la culture tibétaine y est du coup très présente. Le Bouddhisme tibétain est vraiment très différent.... C'est assez impressionnant comme on est pris dans la force centrifuge de la foi et du coup je ne me rends même pas compte que ça fait déjà quelques tours que je fais autour du Stupa. Pleins de drapeaux et de guirlandes tibétaines recouvrent la Stupa. Plusieurs monastères sont présents alentours. Je rencontre mon pote Chhetra et son oncle chauffeur de taxi, mais aussi un autre oncle qui nous invite à boire le thé dans son quartier. Pleins de curieux se retrouvent autour de nous et nous rentrons doucement à l'hôtel après le thé. Je passe mon dernier jour à faire du shopping et acheter quelques bonnets et autre. Chettra passe me prendre et m'amène à l'aéroport. En partant il me recouvre d'une écharpe blanche, son oncle aussi. Je suis touché... C'est une grande marque de reconnaissance chez les Bouddhistes himalayens. On fait nos adieux et je pars au comptoir de Druk Air, la seule compagnie aérienne à avoir le droit d'atterrir à Paro au Bhoutan. C'est la compagnie nationale, un seul avion, un seul aéroport....

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J'ai vraiment été surpris par le Népal. Je ne m'attendais pas à autant aimer le pays, la capitale Katmandou, les montagnes, les gens, leur ferveur religieuse. Top!!